D’entre les rues : Zalez

D’entre les rues : Zalez

Les femmes de Zalez sont  bétons et calcaires : elles pendent sur les murs  à la manière de « stalag-mythes » soumis à la force d’érosion. Une fois peintes  lentement le temps les sculpte  en précipitant, au sens chimique du terme, les fruits du travail premier. La belle violence de l’incarnation du graffiti s’étiole peu à peu tout en créant une poétique de la ruine que la jeunesse des corps dément.

 

Chaque égérie crache son délicieux venin et sa  morgue, elle se lève lentement, impose son imposture à celle des rues. Eros prend possession des murs. Le lustre d’autrefois et en décrépitude est remplacé par le sien. Si bien que  les emprunteurs des rues  prennent la place de leurs anciens pensionnaires. Qu’importe si des gouttes glissent sur de tels corps nus,  ils renversent les bruits de la ville par leur musique plastique. Le pochoir du street-art réveille les vivants et les morts  et gavanise les murs.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

[INTERVIEW] Mostra réalisé en Septembre 2016

Les femmes libres, fières et provocantes de ZALEZ
Je questionne à la fois la tradition du nu (actuel et ancien) face à une société plus libre mais aussi basée sur des principes moraux Judéo-Chrétiens ! — ZALEZ
Artiste multidisciplinaire, tu as exposé un peu partout en Europe et même à Hong Kong !
Peux-tu nous raconter un peu ton parcours ?
J’ai commencé très jeune à dessiner et créer! Tout naturellement je me suis donc tourné vers des études liées à l’Art. J’ai commencé par des études de design d’espaces, puis les Beaux-Arts et enfin une licence d’Histoire de l’art. Je ne suis jamais allez au bout d’aucun de ces cursus (principalement car je ne me reconnaissais dans aucun d’eux). J’ai donc débuté un peu comme un pied de nez à ces écoles une démarches artistiques liées au travail sur le corps et principalement celui féminin. J’ai débuté des expositions dans les bars, les restaurants puis en galerie en France et enfin à l’étranger !
ZALEZ vient du nom du collectif avec lequel tu as commencé le graffiti : « Zone Agréée Libertaire Éduquée à Zapper ».
Quelles actions organisait ce collectif ?
On ne peut pas vraiment qualifier cela un collectif. C’était un groupe d’étudiants qui, lassés des dictats des écoles d’Art se réunissaient pour montrer leur travail de manière sauvage et libre, exposer leur créations personnelles dans des rues à Toulouse, sans regard extérieur, sans communication. Simplement de manière libre et spontanée. Beaucoup d’entre eux ont quitté le monde artistique et c’est un peu un hommage à toutes ces personnes, libres, insouciantes que j’ai commencé à signer mes œuvres par ZALEZ.

Pochoir de ZALEZ à San Diego
Maintenant, t’arrive-t-il encore de graffer, ou te consacres-tu à d’autres supports, comme la toile par exemple ? Pourquoi ?
J’ai besoin d’un équilibre dans mon travail, avec de la recherche, de la création sur toile et du travail dans la rue. Le travail dans la rue nourrit énormément mes recherches et mon travail sur toile. C’est toujours enrichissant d’être dans la rue et créer dans l’espace public de manière libre et spontanée !
Sur ton compte Instagram, il est écrit que tu « travailles sur le paradoxe entre l’approche classique et la nouvelle approche du nu ». Cela m’a fait penser à « Happy Air Max Day! ». Qu’entends-tu par-là ?
AHAHAH!!! Oui j’aime bien ce néologisme… Je questionne à la fois la tradition du nu (actuel et ancien) face à une société plus libre mais aussi basée sur des principes moraux Judéo-Chrétiens ! Disons que j’ai commencé à m’intéresser à la représentation de l’idéal féminin dans la société actuelle (publicité, film, art, etc.) et à ce que cela engendre sur le regard dans le réel ! Et j’ai combiné cela avec la tradition du nu représentant un idéal (dieu, déesse, etc.) parce qu’on n’avait pas le droit de représenter des humains (qui susciteraient du désir) ! Le tout avec une technique utilisée dans la rue : le pochoir.

ZALEZ en plein travail
Certaines de tes œuvres sont plutôt provocantes. Est-ce un moyen d’interroger le regard que l’on porte sur le corps des femmes ? En particulier sur le corps nu ?
Oui tout à fait, j’ai compris que le spectateur devant un corps nu réagit de manière très différente (surtout celui féminin) et que cela reflète sa propre vision de son corps et de son éducation. Ainsi, si mon travail peut permettre de se libérer de certains a priori ou de comprendre d’où cela vient, je suis le plus satisfait des Artistes !
Tu as déjà travaillé le pochoir sur corps ! Le résultat est d’ailleurs assez impressionnant. As-tu déjà essayé une technique ou un support encore plus original/audacieux ?
Je suis toujours en constante recherche, j’aime me confronter à de nouveaux supports, des nouvelles techniques (le dessin, l’aquarelle, les encres, la gravure, la sérigraphie, récemment la peinture à l’huile…). Cela permet de se confronter à d’autres difficultés techniques et de s’en enrichir. Pour ce qui est des supports atypiques, j’ai peint sur une vache ! Avec de la peinture spéciale à base d’eau…

Peinture sur vache, par ZALEZ
Certaines de tes œuvres sont impressionnantes de réalisme. Ces femmes ont en elles quelque chose de vivant, de mouvant. En regardant « Ebony » je m’attendais presque à la voir me faire un clin d’œil ! Travailles-tu avec des modèles ? Est-ce un effet que tu recherches ?
Je travaille en dessin, créant ainsi mes pochoirs en couleurs les uns après les autres comme pour un personnage de bande dessinée. Ce sont que des chimères qui n’existent que sur la surface de la toile! Je travaille principalement à l’esthétique et au dynamisme dans la position du personnage et surtout le regard, quasiment toujours regardant le spectateur, le défiant dans un élan de femme libre assumant sa nudité face au monde !
Quelle est ta démarche artistique ? Comment choisis-tu tes sujets ? Tes supports ?
Ma démarche artistique est à la fois de pousser les limites de la représentation du corps féminin, choquant, sensuel, tendre, mélangeant différents niveaux de lecture ! J’apprécie beaucoup quand des personnes me donnent leur point de vue et révèlent des lectures auxquelles je n’avais pas pensé, basées sur leurs expériences, leur vie, leurs peurs, leurs défauts… C’est un partage d’offrir une œuvre d’art au monde ! Je travaille pas mal en fonction de ce qui me touche, ce qui se passe dans la société, ce que j’ai vu ou vécu !

Black Masq, acrylique et bombe aérosol sur toile, par ZALEZ
Tu as lancé une vente sur Mostra. L’œuvre en question s’appelle « Flying Dirt Leopard ». Quelle est son histoire ?
Son histoire a débuté par le constat que je n’avais pas travaillé sur des femmes à la peau noire. Et puis dans l’art en général cela n’est pas vraiment un sujet traité et encore moins de manière sexy ! Plus j’avançais et plus je ne voulais pas tomber dans un stéréotype. J’ai voulu à la fois créer un personnage en relation avec son temps s’inscrivant dans une société moderne et forte de son histoire reliée à ses origines (son background représenté par le motif léopard du fond s’effaçant ou se mêlant au fond très urbain). Enfin, le titre est venu de mon meilleur ami qui a créé un groupe de Rock portant ce nom et qui me semblait en parfaite adéquation avec ce que je voulais exprimer !

Flying Dirt Leopard, par ZALEZ
Quels sont les cinq noms qui culminent au sommet de ton panthéon artistique ?
C’est toujours un exercice difficile que de créer une liste d’artistes importants, il y en a tellement d’inspirants ! Je vais nommer que des Artistes vivants pour éviter les récurrents : Warhol, Basquiat, Picasso, et Duchamp,.. Je dirais donc Mel Ramos, Phillipe Pasqua, Juan Francisco Casas, et The Kid !
Ta dernière exposition était « Road to Mukono », à la galerie Swinton & Grant à Madrid. Peux-tu nous en parler ?
Oui c’est un projet en partenariat avec l’association « Roule petit Ougandais » qui développe le Skateboard en Ouganda pour les enfants défavorisés en achetant du matériel et en construisant un skate-park. Il va donc y avoir une vente aux enchères des 70 planches réalisées par des artistes du monde entier et tous les fonds iront à l’association.

Road to Mukono, par ZALEZ
Une anecdote ?
Il y a quelques années, j’ai peint une dizaine de personnages à Nîmes en une nuit, et le matin en allant faire les photos, j’ai découvert que tout avait été effacé en quelques heures par les services de la propreté urbaine ! Bilan aucune image d’une nuit de travail, mais bravo les services de la Ville de Nîmes !
Et pour finir quels sont tes projets à venir ?
Je serais représenté au prix « du Graffiti 2016 » qui aura lieu le 5 octobre à la Manufacture 111. Une participation aussi à l’ouvrage collectif Opus délit n°69 et ensuite j’ai un projet d’exposition avec un tout nouveau travail sur des gravures anciennes.
Propos recueillis pour Mostra, plateforme spécialisée dans le tirage d’art

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